Pourquoi recruter des apprentis est plus difficile en 2026 ?
Parce que les deux côtés du contrat se resserrent en même temps. Côté entreprises, l'aide à l'embauche a baissé pour les contrats signés depuis le 8 mars 2026 : dans une entreprise de moins de 250 salariés, elle est de 5 000 euros pour un CAP ou un bac, 4 500 euros pour un bac+2 et 2 000 euros pour un bac+3 à bac+5 (Éditions Tissot, juillet 2026). Le détail des niveaux de prise en charge et du budget 2027 est dans notre article sur la réforme du financement de l'apprentissage.
Côté candidats, le nombre de jeunes qui commencent leur formation sans employeur n'est pas marginal. Une question écrite publiée au Journal officiel le 22 septembre 2026 rapporte que, selon la délégation générale à l'emploi et à la formation professionnelle, près de 50 000 jeunes avaient commencé une formation en 2024 sans avoir encore trouvé d'employeur (Assemblée nationale, question n° 18310).
Deux chiffres de la Dares pour 2025 situent l'enjeu (Alternance Professionnelle, mars 2026) :
- 59 % des contrats visent un diplôme de niveau bac+2 ou plus, et ce sont justement les niveaux bac+2 et bac+3 qui marquent le pas en 2025.
- Les entreprises de moins de 10 salariés signent 44 % des nouveaux contrats. Ce sont elles qu'un CFA doit convaincre en priorité, et ce sont aussi les plus sensibles au montant de l'aide.
Un responsable de CFA nous le résumait : « Les prises en charge alternance vont baisser, il faudra plus de volume pour le même résultat. »
Où un CFA trouve-t-il ses candidats ?
Les canaux sont les mêmes que pour une école, avec une contrainte en plus : depuis le décret du 8 décembre 2025, les frais de communication ne sont retenus dans le niveau de prise en charge que dans la limite de 300 euros par apprenti et par an (Akto, janvier 2026). Chaque euro de publicité au-delà sort de la marge du CFA.
| Canal | Coût pour le CFA | Ce qui fait la différence |
|---|---|---|
| Site du CFA et demandes de documentation | Coût du site | Un rappel dans les minutes qui suivent la demande |
| La bonne alternance (service public) | Gratuit | Publier les offres des entreprises partenaires et répondre aux candidatures reçues par mail |
| Parcoursup | Gratuit | Appeler les candidats qui ont formulé un vœu avant la phase d'admission |
| Annuaires et portails d'orientation | Payant, à la demande | Rappeler avant les autres établissements cochés par le candidat |
| Salons et forums de l'alternance | Stand et temps d'équipe | Rappeler les contacts du stand dans la semaine |
| Réseaux sociaux et sites d'emploi | Temps ou coût par clic | Ne pas dépasser ce que l'équipe peut rappeler |
La bonne alternance mérite une place à part : le service permet à un CFA de diffuser gratuitement les offres de ses entreprises partenaires, relayées aussi sur France Travail et Parcoursup, et de recevoir des candidatures et des demandes de contact d'entreprises qui cherchent des alternants. C'est le seul canal qui travaille les deux côtés du contrat à la fois.
Le coût et le rendement des autres canaux sont détaillés dans le comparatif des canaux d'acquisition d'une école.
Pourquoi la moitié du travail se joue après la demande d'information
Un candidat à l'alternance remplit souvent plusieurs formulaires dans la même soirée. Le premier CFA qui l'appelle fixe le cadre de la comparaison. Sur nos comptes, plus de 100 000 appels par mois pour plus de 40 écoles, CFA et organismes de formation, le taux de réponse est divisé par deux après une heure, et la joignabilité est 3 à 4 fois meilleure à 5 minutes qu'après 2 heures. Les réglages pour y arriver sans recruter sont dans l'article sur le rappel en moins de 5 minutes.
Le premier appel d'un CFA ne ressemble pas à celui d'une école. Il doit qualifier un projet d'alternance, pas seulement un intérêt pour une formation :
- Le diplôme visé et le rythme d'alternance, pour vérifier que la formation correspond.
- L'état de la recherche d'entreprise : rien commencé, des candidatures envoyées, des entretiens en cours, une promesse d'embauche.
- La zone géographique et la mobilité, qui délimitent les entreprises possibles.
- Le calendrier : date de rentrée visée, disponibilité pour des entretiens.
- Le besoin d'accompagnement : CV, lettre, préparation aux entretiens.
La réponse à la deuxième question décide de la suite. Un candidat qui a déjà une entreprise se traite comme une inscription classique. Un candidat sans entreprise entre dans un suivi de plusieurs semaines.
Rappeler suppose aussi d'en avoir le droit : depuis le 11 août 2026, appeler un particulier exige son accord préalable, ce qui change la rédaction des formulaires (notre article sur le démarchage téléphonique et le consentement).
Comment aider le candidat à trouver son entreprise ?
C'est l'étape où un CFA perd le plus de contrats, parce que personne ne la suit chiffre en main. Le Code du travail permet à un jeune de commencer son cycle de formation en CFA sans employeur, en principe dans la limite de trois mois (article L6222-12-1, rappelé par la fiche pratique de Centre Inffo mise à jour en mars 2026). Ces trois mois passent vite : c'est pendant cette fenêtre que le CFA doit trouver l'entreprise avec le candidat, pas après.
Ce qui fonctionne, dans l'ordre :
- Un contact par semaine avec chaque candidat sans entreprise, pour savoir où il en est et relancer sa recherche.
- Des offres concrètes à lui proposer, issues des entreprises partenaires et de La bonne alternance, plutôt qu'un conseil général à « chercher sur internet ».
- Une préparation aux entretiens pour les candidats qui en décrochent, parce qu'un entretien manqué est un contrat perdu.
- Un retour vers l'entreprise après chaque entretien, pour savoir ce qui a bloqué et ajuster la sélection des candidats suivants.
- Une date limite claire, au-delà de laquelle le candidat est orienté vers une autre voie : formation initiale, report de rentrée ou autre CFA.
Comment recruter des apprentis quand les entreprises recrutent moins ?
En traitant les entreprises comme un second fichier de prospects, avec la même rigueur que les candidats. Trois réglages :
- Cibler les petites entreprises en premier. Elles signent 44 % des contrats et touchent l'aide la plus élevée, puisque le barème réduit fortement l'aide au-delà de 250 salariés.
- Parler en coût net, pas en aide. Pour un bac+3 à bac+5 dans une entreprise de moins de 250 salariés, l'aide est de 2 000 euros : l'argument est le coût d'un alternant sur un an comparé à celui d'un recrutement classique, pas le montant de l'aide.
- Sécuriser le calendrier 2027. Le gouvernement a annoncé le maintien du barème en vigueur, mais un nouveau décret reste nécessaire pour les contrats qui débutent à partir du 1er janvier 2027, et le projet de budget peut encore évoluer pendant les débats (Formation Professionnelle Mag, octobre 2026). Une entreprise qui hésite a intérêt à signer avant la fin de l'année.
Les entreprises qui ont recruté un apprenti les années précédentes et ne l'ont pas fait cette année forment le premier gisement : elles connaissent le dispositif, et c'est le fichier le plus simple à rappeler.
Quels indicateurs suivre pour piloter le recrutement des apprentis ?
Quatre chiffres, chaque semaine pendant la saison de recrutement :
- Le délai médian de rappel des nouvelles demandes, en minutes.
- Le nombre de candidats admis sans entreprise, et depuis combien de semaines.
- Le taux de passage de l'admission au contrat signé, par formation.
- Le nombre d'entreprises contactées et de postes ouverts, comparé au nombre de candidats sans entreprise.
Le quatrième chiffre est le plus souvent oublié. S'il reste nettement inférieur au deuxième, le problème n'est plus le volume de candidats mais l'offre d'entreprises, et le budget d'acquisition doit basculer de la publicité vers la prospection des entreprises.
Chez un client, des demandes issues des annuaires de formation sont passées de 4 % à 12 % de candidatures déposées une fois remises dans un circuit de rappel rapide : avant d'acheter du volume, il vaut presque toujours mieux traiter celui qu'on reçoit déjà, y compris le stock de candidats des saisons précédentes.



